Excavation et ablution

  • Janeva L. Fauve
Du 5 novembre au 19 décembre 2026

Vernissage: jeudi le 5 novembre dès 17 h 30

 

À propos de l’exposition

Les mots ne manquent pas à l’artiste.

Les maux, eux, trouvent dans son œuvre un langage.

Ils composent un univers singulier, à la fois touchant et tranchant, où le poétique embrasse le traumatique dans une cadence narrative assurément obsessive, mais définitivement contemplative. Chez Janeva L. Fauve, les mots deviennent matière : ils recouvrent, débordent, s’accumulent, comme autant de strates où s’inscrivent la mémoire, la violence et la réminiscence.

L’artiste procède par recouvrement d’objets et de mobiliers domestiques destinés à l’ablution. Baignoires et éviers, choisis sciemment, ont été trouvés ici et là, abandonnés ou relégués à l’oubli dans des stationnements, sur des trottoirs, dans des forêts ou encore des champs. Tous portent les marques du temps : abîmés, rouillés, parfois irrémédiablement altérés ou brisés. Impossible de les restaurer, encore moins de les ramener à leur fonction première.

Ces mobiliers souillés par le temps deviennent, dans le traitement plastique des œuvres, une puissante métaphore de la purification évoquant l’ablution, ce geste ancestral par lequel le corps cherche à se débarrasser de ce qui le souille. Mais ici, le processus est détourné et renversé. Ce n’est plus l’eau qui lave la souillure : ce sont les mots. Ces mots émergent d’une écriture performative portée par une répétition obstinée ; ils coulent le long des parois, s’y déposent, les recouvrent. Ainsi, ils deviennent une matière fluide et insistante, une sorte de ruissellement verbal qui vient purifier ce qui ne peut plus l’être par l’eau. […]

-Extrait du texte d’Émilie Granjon

 

Biographie de l’artiste

Janeva L. Fauve est une artiste basée à Tiohtià:ke (Montréal, QC). Terminant une maîtrise en arts visuels de l’Université Laval, elle poursuit actuellement ses recherches en littérature comparée. Elle s’intéresse particulièrement à la rencontre entre l’art et la textualité, ainsi qu’à la tension entre apparition et disparition. Guidée par des désirs de proximité, d’attention et d’intimité, sa pratique investit l’écoute et la lecture comme lieux 

de résistance,plus souvent qu’autrement, de manière installative. Par le geste répété, elle entre en relation avec la matière, avec des objets récoltés et avec son corps-bataille. Elle ourdit son apparaître, se dissimule pour murmurer l’opaque, trace minutieusement, obsessivement, le motif-émotif; une ligne écrite de l’invisible à la rétine, entre souvenance et survivance, entre douleur et douceur, symptomatique de la corrosivité de la peur.

Son travail a été exposé à Québec et à Montréal notamment dans le cadre du Mois Multi (Québec, Qc, 2025), à Art Mûr (Montréal, Qc, 2024) et à la Galerie des Arts visuels (Québec, Qc, 2025). Sa pratique fût également reconnue et soutenue par une bourse du Fonds Grant-Mathieu (2024), le prix Garde-Fou de Folie/Culture (2024), une bourse de projet de Première Ovation (2024), ainsi qu’une bourse de l’Académie royale des Arts du Canada (2025).


Biographie de l’autrice

Détentrice d’un DESS en gestion d’organismes culturels obtenu en 2015 à HEC Montréal, Émilie Granjon dirige le centre d’artistes CIRCA art actuel depuis mai 2016. Elle est également essayiste et critique d’art ainsi que commissaire indépendante. Titulaire d’un doctorat en sémiologie en 2008 à l’UQAM, elle analyse les enjeux culturels de l’art actuel par l’étude des figures insolites. Dans sa thèse, elle a orienté ses recherches sur la sémiogenèse de la symbolique alchimique dans l’Atalanta fugiens (1617) et a publié Comprendre la symbolique alchimique (PUL : Québec, 2012). En art actuel, elle a co-écrit avec Fabienne Claire Caland Cinq fabricants d’univers dans l’art actuel (Nota Bene : Montréal, 2017) et, plus récemment, également avec Véronique La Perrière M. Le miroir, la métaphore et le temps inversé (Sagamie : Alma, 2020).