Laboratoires

  • Jacques SAMSON
du 12 février au 12 mars 2011

Jacques Samson est un artiste intemporel. Ses oeuvres sont le reflet de sa contemporanéité, mais ne s’inscrivent pas dans un mouvement de mode lié à une époque. C’est un travail foncièrement personnel d’un parcours formel approfondi.

La nature a des principes de construction aléatoires et parfois logiques, dans le règne animal, végétal ou minéral. Appliquer ces principes, les combiner entre eux par différents moyens et selon diverses techniques pour créer des formes hybrides, voici la prémisse du processus créateur de Samson. Il a toujours su s’inspirer de cette nature à la manière d’un botaniste curieux ou d’un généticien machiavélique, alliant ces corps étranges pour en faire naître de nouvelles espèces. Il démonte et décortique les formes organiques des plus simples aux plus complexes transposées dans une esthétisation ludique de l’art.

Samson nous a habitué à offrir une place exploratrice au spectateur, déplaçant le cadre sacré des galeries pour toucher, jouer, manipuler en déjouant les frontières entre l’oeuvre et ce dernier. Il s’intéresse à la relation que le spectateur entretient avec le travail de l’artiste afin de modifier son rapport face aux modes de représentations classiques, vers une invitation à la spontanéité de l’exploration tactile. Souvent ludique, son travail est axé sur la curiosité pour amener le spectateur au-delà de son rôle premier de regardeur.

C’est par la dénaturation de la sculpture traditionnelle vers des objets sensibles tantôt en tricot de coton, tantôt en polymère coulé ou ici en assemblage que Samson invite au jeu. Les oeuvres-toutous de ses dernières expositions se voulaient un hommage au low-tech, à la tradition du tricot et du fait main. Leur texture et leur aspect invitaient spécifiquement au toucher. Le présent projet est inspiré directement de ces mêmes formes organiques, transposées ici par des structures métalliques, simples compositions de fils de fer. Travaillées comme des plans en trois dimensions et profitant des vides créés, les sculptures sont alors beaucoup plus dépouillées, leur sensibilité transférée au niveau visuel et atmosphérique. Jumelées à des installations électriques, des systèmes d’éclairage et des dispositifs mécaniques, ce corpus se donne des airs d’oeuvres « techno ». Mais ce n’est que subterfuge! Le mécanisme rapproche l’artiste plus du côté du patenteux que du technicien; une autre façon de rapprocher le spectateur de l’oeuvre. Ce sont des oeuvres qui parlent de secret, d’intime et d’éphémérité.

On joue ici avec le spectateur sur différents concepts de dualités afin de lui faire découvrir le leurre. Des oeuvres de grandes dimensions côtoient des miniatures, des objets réels sont enveloppés de projections, la disparition donne naissance à d’autres apparitions où l’intime et le grand déploiement sont sans cesse en action. Petits bijoux précieux et scintillants qui pivotent sur un axe, pas nécessairement naturel, et qui déploient des images vaporeuses et chimériques. Les éclairages déforment et démultiplient ces petits diamants métalliques pour notre plaisir. L’oeuvre s’en retrouve dédoublée, par son matériel présenté et par lequel le processus créateur d’ombrages nous renvoie une autre oeuvre, qui s’approche de la vidéo expérimentale. Le dispositif fait donc valoir la construction de l’image, non générée par ordinateur, mais bel et bien créée en temps réel devant le spectateur. Les images, ombrages forts et denses, enveloppent l’oeuvre centrale, les spectateurs et la galerie, dans la lumière ou la pénombre.

Le spectateur saura apprécier, comme dans tout le travail de Samson, l’aspect désacralisé de sa proposition artistique, axé sur la curiosité et sur l’invitation qu’il leur lance à comprendre le processus créateur, l’oeuvre comme un jeu.


 Jacques Samson, vit et travaille dans le quartier St-Roch, à Québec, depuis 1995. C’est à l’Université Laval qu’il a complété un baccalauréat en arts plastiques et une maîtrise en arts visuels. Depuis les débuts, il s’implique dans le milieu artistique de la ville de Québec et participe à plusieurs projets multidisciplinaires. Il sera longtemps membre actif au centre d’artiste L’Oeil de Poisson, participe à la création des Ateliers de la pente douce et de Rouje arts et évènements. Il a participé à plusieurs échanges de production et de diffusion à l’étranger et ce dès le début de sa carrière artistique. Après avoir enseigné au niveau collégial en arts plastiques au Cégep Lévis-Lauzon, il est, depuis 2004, chargé d’enseignement pour différents cours techniques à l’Université Laval tout en continuant sa production en arts visuels. 

Quelques unes de ses oeuvres font partie du patrimoine du programme de l’Intégration des arts à l’architecture et il a notamment créé des trophées uniques pour les prix de certains festivals. Il a participé à la 4e Biennale Manif d’art de Québec, avec un travail étonnant de sculptures gonflables. On a vu son travail récent en 2010 à la Galerie Tzara de Québec, et il est maintenant présenté chez Circa à Montréal. 

Site internet de l’artiste