Coquilles (vides)

Performance
  • Marie-Andrée Pellerin
Samedi 5 mai, de 15h à 17h

 

La performance Coquilles (vides) s’inscrit dans le cadre d’un projet à long-terme que l’artiste Marie-Andrée Pellerin développe autour de l’art de persuader (rhétorique) et la puissance des mots. L’artiste porte davantage attention à la performativité et à la matérialité du langage (contenant), plutôt qu’au sens rationnel des mots et à l’argumentation (contenu).

Par une combinaison d’actions performatives et de fragments audiovisuels divers, la lecture-performance Coquilles (vides) tentera de rendre visible certaines techniques de rhétorique et les formes de pouvoir que le langage incarne par sa nature même. La performance s’articule principalement autour d’un discours de Margaret Thatcher datant de 1990 qui a été manipulé, déconstruit et restructuré pour l’occasion. 

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Plasticité d’une rhétorique performative

Originaire de Montréal, où elle a étudié l’architecture, avant de poursuivre les arts visuels au Dutch Art Institute, Marie-Andrée Pellerin mène une recherche plastique et conceptuelle qui, dans ses développements les plus récents, aborde la question du langage sous l’angle de la déconstruction.

C’est d’abord le style autoritaire de l’ancienne première ministre [Margaret Thatcher] qui fait surface, et, très vite, on comprend que le thème exploré est celui des relations de pouvoir et de domination dans le langage parlé. Négatif, positif, tranchant, parasité… le langage est présenté dans sa puissance comme dans sa vulnérabilité, mais aussi dans son rapport au corps (le langage non verbal). La force de l’énonciation, au regard de sa situation, nous rappelle comment l’acte d’énoncer peut aussi performer. La performativité est le fait pour un signe linguistique (énoncé, phrase, verbe, etc.) d’être performatif, c’est-à-dire de réaliser lui-même ce qu’il énonce. Le fait de prononcer un de ces signes fait alors advenir une réalité. Le performatif est ainsi la façade linguistique de quelque chose de plus profond : la construction de réalités sociales.

Le montage donne le ton : ponctué d’éléments graphiques ou de mots venant renforcer la matière énoncée, hachée, échantillonnée et agencée à la manière d’une démonstration laissant penser qu’au travers de cet objet filmique, quelque chose se joue. Il s’agit moins de restituer le discours que d’en déconstruire la forme, par la mise en saillance de certains de ses éléments, sonores comme visuels, afin d’en révéler le fond. Le dispositif met également en scène le dysfonctionnement du langage et l’impossibilité de la communication, quand celle-ci se rapproche du bruit. Parasitage, jacasserie, brouhaha, désordre… L’environnement se pare d’une autre dimension quand le sonore, soudain, prend le dessus, nous enveloppe, nous submerge.

Marie-Andrée Pellerin livre avec cet environnement une expérimentation transmédiale, qui tout en trahissant un intérêt pour la spatialité, voire l’architecture, se situe à la croisée de la vidéo, de l’installation et de l’art sonore. Ses niveaux de lectures sont multiples (les dimensions linguistique, politique, féministe, formaliste et référentielle – le Jardin d’Hiver de Broodthaers), mais c’est bien la rhétorique qui constitue l’objet premier d’investigation.

extraits du texte de Sébastien Biset, docteur en histoire l’art, Bruxelles

*Le texte Plasticité d’une rhétorique performative paraîtra dans son intégralité en 2018 dans une publication réalisée par BPS22 – Musée d’art de la province du Hainaut, Charleroi (BE).


Biographie de l’artiste 

Originaire de Montréal, Marie-Andrée Pellerin a complété une maîtrise en art au Dutch Art Institute aux Pays-Bas en 2015. Elle travaille actuellement entre Montréal et Linz, en Autriche. Elle a exposé et présenté son travail dans différents lieux dédiés à l’art, comme le Van Abbemuseum à Eindhoven, le ADM Centro au Mexique, le Kunstforum à Vienne et l’Atelier Circulaire à Montréal. Depuis 2011, sa pratique est orientée vers les résidences d’artistes. Elle a notamment séjourné au Centre for Contemporary Art à Glasgow (CCA), à l’Atelierhaus Salzamt en Autriche, au BPS22-Musée d’art de la province du Hainaut en Belgique et au Seoul Art Space Geumcheon, en Corée du Sud. 

 À travers son travail artistique en installation vidéo, sculpture et performance, elle s’intéresse actuellement au langage parlé, à la puissance des mots et aux rapports de force et de domination qu’ils véhiculent. Elle développe un métalangage lui permettant de mettre de l’avant les techniques de rhétorique qui pourraient autrement passer inaperçues. Par son projet à long-terme Cloud Coucou Land, elle tente de mettre de l’avant les tendances élusives et discriminatoires du langage, considérant celui-ci comme un instrument dominé par le discours patriarcal. Elle utilise également des formes trouvées dans la nature comme le volcan afin de représenter des tendances sociétales et ses contradictions. Elle s’intéresse à certains gestes et phénomènes – artistiques ou non-artistiques – qui ont aussi le potentiel d’être à la fois constructifs et destructifs.


Biographie de l’auteur

Sébastien Biset est docteur en histoire de l’art et musicien. Conférencier à l’École supérieure des arts Saint-Luc à Bruxelles et professeur d’histoire comparée des arts à l’ESA Arts de Mons, il défend une approche transversale, transhistorique et systémique de l’art, à la croisée des domaines de l’esthétique, de la croyance et de la science. Ses recherches ont porté sur les esthétiques de la situation et le « paradigme relationnel » auquel il a consacré une thèse de doctorat.

Il est membre cofondateur de l’association (SIC), plateforme éditoriale et curatoriale établie à Bruxelles et l’un des protagonistes de la plateforme MNÓAD, structure basée et active à Le Rœulx et Charleroi. Il a coordonné Archipel, projet conçu par la médiathèque de la Fédération Wallonie-Bruxelles (actuel PointCulture). Il collabore aujourd’hui avec PointCulture comme rédacteur et membre du service éducatif.