L’étroite fenêtre de nos clavicules

Élisabeth Perrault
    Du 30 octobre au 13 décembre 2025

    VERNISSAGE: Jeudi 6 novembre, à partir de 17h30

     

    À PROPOS DE L’EXPOSITION

    Dans L’étroite fenêtre de nos clavicules, Élisabeth Perrault s’empare de la figure à la fois mythique et organique du Roi-de-rats, un phénomène rare où plusieurs rats se retrouvent attachés par la queue, enchevêtrés dans un nœud inextricable. Symbole d’un lien forcé, contraignant, mais né du vivant lui-même, cette image devient pour Perrault une métaphore de la condition humaine où les liens sociaux se tissent parfois avec la même complexité.

    Profondément sociaux, les rats vivent en groupe, organisés par la coopération, la communication et l’entraide. Par ces comportements, ils répliquent nos propres mécanismes sociaux, notre désir d’appartenance et nos interactions, mais aussi nos tensions et contradictions. Le Roi-de-rats, avec ses corps indissociables, devient le symbole d’un attachement poussé à l’extrême qui révèle les paradoxes d’une humanité en quête d’un équilibre entre la nécessité du lien et le besoin d’autonomie.

    Cette socialité, pleine d’effervescence et de partage, renferme cependant un paradoxe important : l’attachement peut aussi épuiser. Ce lien fondamental est aussi une tentative constante de remplir un vide intérieur, un espace d’isolement ou de solitude que chacun porte en soi. Dans cette quête, l’esthétisation du soi qui sous-tend l’entrée dans le jeu social devient une stratégie pour combler ce manque et apaiser ce besoin d’exister au regard du groupe. Pourtant, ce besoin peut se transformer en poids, en contrainte, voire en enfermement psychique ; tout en soutenant, il peut creuser un isolement au sein du collectif.

    Dans la grande salle, une sculpture monumentale fait écho à ce mythe. Un amas de fleurs fanées, aux tiges entremêlées, forme un corps végétal unique, suspendu dans une tension palpable. Les tiges s’attachent les unes aux autres dans un entrelacs dense, reflétant la structure du Roi-de-rats dans le monde végétal. Or, celles-ci sont fanées, altérées et épuisées. Ce bouquet devenu masse ne célèbre pas la floraison, mais plutôt le désenchantement. L’œuvre donne à voir un collectif figé par l’excès de lien.

    En contrepoint, dans une salle plus restreinte, une seconde sculpture s’impose dans sa frontalité : le corps d’une petite femme. Celui-ci est ouvert, exposé, et vide. À l’intérieur, seulement un espace creux. Ce corps féminin vidé de son intériorité devient, de manière troublante et poignante, un sujet effacé.

    À travers un langage sculptural mêlant matériaux bruts, fragiles et organiques, Élisabeth Perrault explore les nœuds de la vie sociale, la fatigue d’exister dans le regard de l’autre, et la solitude intérieure dans un monde saturé de liens. Ses œuvres et ses installations incarnent la tension entre la vitalité collective, l’isolement et l’enfermement sur soi. Le travail d’Élisabeth Perrault offre ainsi un regard intime et poétique sur la condition humaine, où les rats nous renvoient l’image de nos propres luttes, désirs et contradictions.

     

    – Texte de Maude Raymond

    Biographie de l’artiste

    Élisabeth Perrault (née en 1996 à Joliette) vit et travaille à Montréal. Elle a obtenu son baccalauréat en arts visuels à l’Université Concordia en 2020 et y poursuit actuellement sa maîtrise. Elle a présenté trois expositions individuelles à la Galerie Pangée : Ces petites morts domestiques (2021), Danser avec nos fantômes (2023) et Nature pointue (2025). En 2024, elle a présenté Les mascarades à la Maison de la culture Maisonneuve et participé à une exposition en duo à Carvalho Park (New York). La même année, elle a partagé une exposition avec Marion Wagschal à la Galerie Pangée. En 2025, elle a pris part à The Armory Show avec la galerie Carvalho Park, ce qui a mené à la parution d’un article dans le Wall Street Journal. Elle a aussi collaboré avec Patrick Watson pour le vidéoclip Better in the Shade (2022). Son travail, étudié par la chercheuse Julia Skelly, a récemment été acquis par le Musée d’art contemporain de Baie-Saint-Paul.

     

    Biographie de l’autrice

    Maude Raymond est titulaire d’un baccalauréat en sociologie et d’une maîtrise en sociologie de l’art et de la culture. Ses recherches portent sur les dynamiques de légitimation dans le monde de l’art contemporain, les conditions de travail des artistes, ainsi que les effets des plateformes numériques sur les pratiques artistiques. Son mémoire de maîtrise analyse l’usage d’Instagram par les artistes visuels, mettant en lumière les tensions entre idéaux d’autonomie artistique et logiques néolibérales de visibilité, de performance et de marchandisation du soi.

    Parallèlement, Maude a contribué à des recherches portant sur la situation budgétaire ainsi que sur l’organisation du travail des centres d’artistes membres du Regroupement des centres d’artistes autogérés du Québec (RCAAQ). Ces études examinent en profondeur les conditions de travail et l’organisation des ressources humaines dans ces centres et contribuent à nourrir une réflexion stratégique pour améliorer les conditions d’emploi dans le réseau des centres d’artistes autogérés.

    Animée par un intérêt pour les dynamiques sociales et culturelles contemporaines, Maude Raymond explore les enjeux liés à la légitimité, à la médiation et à l’organisation du travail dans le champ artistique.